La Coumpagnié
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L'histoire de la Coumpagnié


La Coumpagnié a fêté ses 25 ans en 2013! Mais quelle est donc l'histoire de la Coumpagnié?


D'abord société coopérative

La Coumpagnié existe depuis fin 1988 ; Ce fut d’abord une société coopérative succédant à un groupement d’achat informel qui s’était créé un an plus tôt à la suite d’une rupture avec certains membres de l’association Chantala, coopérative de consommateurs de produits biologiques crée en 1978.
 Avant le dépôt des statuts proprement dit, il y a une histoire  proche de celle de l’évolution de la consommation de produits biologiques après les mouvements sociétaux de 1968.

Mai 1968 : construire avec les autres

 On peut dire que le mouvement de mai 68 est né notamment d’une contestation de la société d’après guerre, obligée de reconstruire ce qui avait été détruit, en commençant par un formidable effort de repeuplement ; il y a eu aussi une volonté de réorienter les usines d’armement en trouvant des applications dans la société civile et en particulier dans la production d’engrais et de pesticides pour l’agriculture, ce qui permettait d’envisager des productions beaucoup plus importantes qu’avant, capables de nourrir la population.
Par ailleurs, malgré toute la misère qu’elle a occasionné, la guerre a certainement donné à beaucoup d’individus l’occasion de créer des liens de fraternité qu’ils n’ont plus jamais retrouvés par la suite.
 
Les enfants du « baby boom » sont arrivés à l’âge adulte avec la nostalgie de cette fraternité perdue dans une époque de prospérité économique jamais égalée depuis ; la génération de leurs parents avait connu les privations de la guerre et était plutôt fière de ce qu’elle avait mis en place, même si l’accroissement de production de biens matériels reposait sur des désordres écologiques de plus en plus problématiques et une volonté de développer tout ce qui est à la base d’un individualisme forcené.
Le mouvement de mai 1968 a permis à la jeunesse contestataire d’exprimer des désirs très différents de ceux de la génération précédente, en particulier celui de construire avec les autres : c’est l’époque des communautés de vie, des coopératives de consommation entre autres.
Il s’agissait de gérer collectivement et démocratiquement la vie quotidienne. On commençait à constater les dégâts engendrés par l’agriculture intensive et la nourriture industrielle ; l’agriculture biologique ainsi que la consommation d’aliments biologiques faisaient partie de nos principaux centres d’intérêt.

Association Chantala, un groupement d'achat

L’association Chantala a d’abord fonctionné comme un groupement d’achat ; à tour de rôle, on allait chercher le riz en Camargue, le miel en bidon de 50 litres chez un  apiculteur, etc.
Le premier salarié (Rosaire) a permis de prendre un local (un garage en ville) et d’organiser des permanences, et chaque membre de l’association devait consacrer un peu de son temps à l’association. Toutes les décisions étaient prises en assemblée générale, ( ce qui donnait lieu à des séances parfois houleuses…) Le premier salaire représentait le double du SMIC, soit un montant bien supérieur à ce qui est pratiqué actuellement dans la profession.
J’ai commencé à travailler dans cette structure en 1981 avec une autre salariée, toujours dans le garage ; la structure s’est développée et parallèlement nous nous étions rapprochés des autres coopératives de consommateurs de la région ; à l’époque, l’approvisionnement reposait sur quelques fournisseurs locaux pour le riz, le vin, le miel, quelques céréales et légumineuses ; un coopérateur rapportait de l’huile de Provence Régime ; nous achetions du Comté chez Marcel Petite et le reste chez Celnat et Lima qui existaient déjà. Nous ne nous occupions pas de la distribution des légumes et fruits car elle se faisait au marché auprès des producteurs locaux qui travaillaient en bio : Philippe Régnault et Pierre Salerno.

1983 : Création de la première plateforme Biocoop : Biopaïs

Avec les représentants des autres coopératives de consommateurs, nous nous réunissions une journée par mois dans le but de centraliser nos achats ; il y avait des coopérateurs d’Avignon, Marseille, Carpentras, Valence, Nice, Grasse, Alès, au début. Il s’agissait d’établir des liens forts avec nos fournisseurs régionaux (certains participaient à toutes les réunions comme André Busher, Jean-Pierre Palancher, René Chabot, Yves Kuhn..) ; nous essayions d’établir des statistiques de vente pour chaque produit et de nous engager sur ces quantités auprès des producteurs. Il fallait également trouver ou inciter à des productions nouvelles. Enfin, nous avions commencé à négocier des conditions d’achat avec les grossistes.

Ces réunions étaient avant tout conviviales et fonctionnaient sur un système démocratique des plus élémentaires ; chaque participant avait un doit de vote, quelque soit sa fonction. Nous avons déposé les statuts de la première plate-forme Biocoop en 1983 : Biopaïs (Odile Calvet en avait trouvé le nom).

1988 : Création d'un nouveau groupement d'achat : La Coumpagnié

J’ai interrompu toutes ces activités au moment de la naissance de ma seconde fille ; lorsque j’ai recommencé à travailler, le nouveau Conseil d’administration de Chantala remettait en cause tout ce qui avait été fait (nous avions également ouvert un tout petit restaurant au pied des remparts d’Aix, qui était géré par Marie et Martine grâce à de généreuses subventions destinées à l’époque aux créateurs d’emplois). Tout cela a été supprimé.
Je n’ai pas pu rester dans la structure plus de quelques mois, l’organisation étant devenue pour moi extrêmement oppressante.
Afin de continuer à avoir accès aux produits bio en tant que consommatrice, j’ai proposé à ceux qui voulaient me suivre de créer un nouveau groupement d’achat en compagnie de Chantal Druais.

Au bout de quelques mois, nous avons trouvé un local avec l’aide de Jean-Paul Fermaud qui nous livrait  tous les jours avec Carole de délicieuses tartes salées et des glaces de leur confection. La cuisine de la Coumpagnié a été ouverte par la suite en lien certainement avec cette fabrication initiale.
Carole nous a proposé d’appeler la nouvelle structure « la Coumpagnié » : elle avait lu qu’en Provence, on saluait autrefois les gens en leur disant : « salut, à toi et à ta coumpagnié », le terme de « coumpagnié » sous-entendant l’ensemble des ancêtres qui accompagnent chaque individu sur les chemins de la vie. Cette légende nous a plu, quelque soit sa véracité.

La Coumpagnié, société coopérative regroupant 49 associés a été crée en novembre 1988.
Nous avions un petit local adossé à une villa, prés de la fac de lettres ; il n’y avait pratiquement pas de magasins de produits biologiques à Aix à l’époque, en dehors de « la Vie Claire » rue d’Italie et nous. Nous avons ouvert sans aucun capital, ce qui ne serait plus possible actuellement : Un boucher nous avait donné sa banque frigo avant de partir à la retraite, Jean-Paul avait construit des étagères avec du bois de chantier, le stock était financé par l’achat des parts sociales et j’ai pu tenir le coup sans salaire pendant plusieurs mois grâce à Annick qui travaillait aux ASSEDIC, ma démission de Chantala ayant été assimilée à un licenciement déguisé.

Passage en SARL


La demande de produits bio progressait lentement mais notre activité s’est développée assez rapidement ; au bout de quelques mois nous avons pu acheter la maison attenante au local, grâce à un prêt du Crédit du Nord dont un de nos clients était un des directeurs. Cela nous a obligés à transformer la SARL coopérative en SARL classique, ce qui a donné lieu à de nombreuses discussions à Biopaïs pour savoir si nous pouvions continuer à rester dans la structure, celle-ci étant réservée à des coopératives ou des associations. (La banque nous accordait le prêt sur la totalité de l’achat à condition d’obtenir la caution de tous les sociétaires ; or ceux-ci n’étaient pas assez impliqués pour le faire).

Finalement le maintien dans la structure nous a été accordé et cela a été une étape importante dans l’histoire de ce qui devait devenir Biocoop. Actuellement les structures coopératives sont minoritaires et cela reste une ambiguïté gênante par rapport aux valeurs initiales du réseau.
En effet, les premières coopératives étaient destinées à approvisionner des consommateurs avec un fonctionnement égalitaire (une homme = une voix). Actuellement la structure nationale Biocoop est une SA Coopérative mais la plupart des magasins sont gérés comme des structures capitalistiques. Cela est regrettable d’une certaine façon, ne serait-ce que du fait que nous sommes en contradiction avec le nom que nous portons mais on peut penser qu’il est de plus en plus difficile de fonctionner autrement de nos jours ; il est maintenant impensable d’ouvrir un magasin sans disposer d’un capital minimum de 100.000 euros.
J’ai de mon coté dû compenser l’absence de capital par une quantité de travail en constante augmentation, avec un revenu très éloigné de ce qui aurait pu correspondre au travail fourni. J’ai eu la chance d’être accompagnée et soutenue par Olivier depuis plusieurs décennies ; sans lui, cela n’aurait pas été possible.
 

Fusion des plateformes : naissance de "Biocoop"

En ce qui concerne la centrale d’achats Biopaïs, elle a continué à se développer, puis a fusionné avec le groupement de producteurs de fruits/légumes avec lequel nous travaillions depuis le début : Solebio et elle est devenue : Solebiopaïs.
En 1986 les membres des 3 plate-forme : BIOCAP dans le nord-ouest, CABSO dans le sud-ouest et SOLEBIOPAÏS ont créé une structure commune : BIOCOOP, mais chaque plate-forme gardait son autonomie. La fusion définitive a eu lieu en 2007, après la création d’une société de transport qui a permis d’internaliser cette activité.

Biocoop regroupe actuellement plus de 300 magasins ; chacun est juridiquement autonome mais doit observer une charte en ce qui concerne ses achats, sa politique sociale et son comportement en matière d’écologie. Alors que la plupart des intervenants dans le réseau n’ont pas connu toutes les phases de son histoire, cette charte est garante de leur bonne moralité en quelque sorte ; en ce qui concerne les achats en particulier, les choix qui sont faits nous permettent de proposer une gamme de produits dont la composition est extrêmement rigoureuse, ce qui n’existe nulle part sur le marché (pas d’ogm, pas d’arômes non bio).

L'évolution actuelle

L’évolution de La Coumpagnié s’est poursuivie de façon à peu près régulière ; nous avons déménagé deux fois depuis le premier local. Nous avons toujours gardé une activité « traiteur » qui nous a permis de développer notre identité propre.
Nous avons toujours recherché des productions locales et tissé des liens forts avec « nos » producteurs. Ces deux atouts nous ont certainement permis de résister face à la rude concurrence. Nous avons également toujours été proches des réseaux associatifs : En particulier, « Choisir sa santé » du temps de Françoise et La Maison de la Nature et de l’Environnement, très belle réalisation du Conseil Général et d’un groupe d’associations du secteur environnemental, malheureusement disparue.
Actuellement, 20 personnes travaillent dans le magasin et dans la cuisine, le dernier déménagement nous ayant permis de rouvrir un restaurant qui fonctionne à midi tous les jours.
 
 Paule Tempier
 Octobre 2013


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